lundi 7 août 2017

HISTOIRE DE ZOULVISIA - de "Contes Arméniens" - d'après Frédéric Macler.)

HISTOIRE DE ZOULVISIA

Au milieu d'un désert sablonneux, quelque part en Asie, les yeux des voyageurs sont rafraîchis par la vue d'une haute montagne couverte de beaux arbres, parmi lesquels on peut voir le scintillement des cascades moussant au soleil. Dans cet espace de clarté,  il est même possible d'entendre la chanson des oiseaux et de sentir les fleurs; Mais bien que la montagne soit visiblement habitée - car ici et là émerge une tente blanche  - aucun des rois ou des princes qui  passent sur la route de Babylone ou Baalbec ne plongent dans ses forêts - ou, s'ils le font,  n'en reviennent jamais .

 En effet, la terreur causée par la mauvaise réputation de la montagne, est un mystère que les pères, sur leur lit de mort, ont supplié  leurs fils de ne jamais tenter d'approfondir. Mais en dépit de leur mise en garde, un certain nombre de jeunes hommes annoncent chaque année leur intention de s'y rendre.

*****

Il y avait une fois un roi puissant qui régnait sur un pays de l'autre côté du désert, et, en mourant, donna le conseil habituel à ses sept fils. À peine fut-il mort que l'aîné, qui accéda au trône, annonça son intention de chasser dans la montagne enchantée. En vain, les vieillards affligés prenant leur tête entre leurs mains essayèrent-ils de le persuader d'abandonner son projet fou. Tout fut inutile. Il partit, mais ne revint pas. Il en fut ainsi pour chacun des frères,  mais quand le plus jeune devint roi, et qu' une chasse dans la montagne fut annoncée,  une plainte sourde s'éleva dans la ville. 
«Qui régnera sur nous quand vous serez mort? Car vous le serez sans nul doute ! Restez avec nous, et nous vous ferons plaisir». Et pendant un moment, il écouta leurs prières, et la terre devint riche et prospère sous son règne. Mais après quelques années, la curiosité s'empara de lui, et cette fois il n'écouta plus les conseils.

 Escorté de ses amis et de ses sujets, il partit un matin dans le désert.
Ils traversèrent une vallée rocheuse, quand un cerf se présenta devant eux et s'envola. Le roi donna instantanément le signal de la chasse, suivi de ses serviteurs ; mais l'animal courait si rapidement qu'ils ne purent le rejoindre tandis qu'il disparaissait au fond de la forêt.
Le jeune homme  pour la première fois,  regarda autour de lui. Il avait laissé ses compagnons loin derrière, et, se retournant, les vit entrer dans des tentes, disséminées ci et là parmi les arbres. Mais pour lui, la fraîcheur des bois était bien plus attrayante que n'importe laquelle des nourritures, aussi délicieuses soient-elles, et pendant des heures, il se promena là où sa fantaisie le conduisait.
Puis il s'assombrit en pensant que le moment était venu de retourner au palais. Alors, quittant la forêt avec un soupir, il se dirigea vers les tentes... où l'attendait une vision d'horreur : les compagnons de son escorte effondrés morts sur le sol. Les avertissements passés n'avaient servi à rien et désormais toute parole était inutile. Il était aussi clair que le jour que le vin qu'ils avaient bu contenait un poison mortel.
«Je ne puis plus vous aider, mes pauvres amis», dit-il en les regardant tristement ; Mais au moins je peux vous venger! Ceux qui ont conçu ce piège vont certainement revenir à la tâche. Je vais me cacher quelque part, et découvrir qui ils sont !

Près de l'endroit où il se trouvait, il remarqua un grand noyer, qu'il escalada. La nuit tomba bientôt, et rien ne rompit l'immobilité de l'endroit; Mais avec les premières lueurs de l'aube, un bruit de sabots au galop retentit.
En écartant les branches, il aperçut un jeune homme qui s'approchait, monté sur un cheval blanc. En arrivant aux tentes, le cavalier descendit de cheval, et  inspecta de près les cadavres étendus sur le sol .Puis, un par un, il les traîna dans un ravin et les jeta au fond d'un lac. Pendant qu'il faisait cela, les serviteurs qui l'avaient suivi  s'emparérent des chevaux des malheureux hommes ;  puis il ordonna aux courtisans de lâcher le cerf, qui était utilisé comme un leurre, et de s'attabler dans les tentes pour profiter de la nourriture et des vins copieusement servis.
Après avoir pris ces dispositions, il se promena lentement à travers la forêt, quand il eut  la surprise de voir venir  un beau cheval sorti du fond d'un bosquet.
«Il y avait un cheval pour chaque homme mort», se disait-il. «Alors, à qui est-il?
"A moi !' Répondit une voix venue d'un noyer à proximité. «Qui êtes-vous qui attirez les hommes en votre pouvoir, puis les empoisonner? Mais vous ne le ferez plus. Retournez dans votre maison, où que ce soit, mais nous nous battrons avant!"

Le cavalier resta muet de colère, puis  avec un grand effort,  répondit :
«J'accepte votre défi. Montez et suivez-moi. Je suis Zoulvisia. Et, enfourchant son cheval, il fut hors de vue si vite que le roi n'eut pas le temps de remarquer que la lumière semblait couler du jeune homme et de son cheval, et que les cheveux sous son casque étaient comme de l'or liquide.
De toute évidence, le cavalier était une femme. Mais qui pouvait-elle être? Était-elle reine de toutes les reines? Ou était-elle chef d'une bande de voleurs? N'était-elle qu'une belle fille ?

Zoulvisia, sur son cheval, atteint
le jeune homme dans l'arbre

Plongé dans ces réflexions, il resta debout sous le noyer, longtemps après que le cheval et le cavalier eurent disparu de sa vue. Puis il se secoua et se souvint qu'il devait trouver le chemin de la maison de son ennemi, ce dont il n'avait aucune notion. Cependant, il  prit le chemin d'où le cavalier était apparu, et le parcourut pendant plusieurs heures jusqu'à ce qu'il parvienne près de trois huttes édifiées côte à côte, dans lesquelles vivaient une vieille fée et ses trois fils.

Le pauvre roi était si fatigué et affamé qu'il ne pouvait guère parler, mais après qu'il eut bu du lait et se fut reposé un peu, il put répondre aux questions qu'on lui posait avec impatience.
"Je suis à la recherche de Zoulvisia, dit-il, elle a tué mes frères et beaucoup de mes sujets, et je veux les venger."
Il n'avait parlé qu'aux habitants d'une même maison, mais des trois huttes lui parvinrent des murmures : 
"Quel dommage que nous ne l'ayons su ! Deux fois ce jour-là, elle a passé notre porte, et nous aurions pu la garder prisonnière."
Mais, bien que leurs paroles soient courageuses, eux ne l'étaient pas, car la simple pensée de Zoulvisia les faisait trembler.
"Oubliez Zoulvisia et restez avec nous",  dirent-ils en tendant les mains ; «Vous serez notre grand frère, et nous serons vos petits frères». Mais le roi ne  pouvait les satisfaire.

Tirant de sa poche une paire de ciseaux, un rasoir et un miroir, il les remit à chacun des fils de la vieille fée en disant:
«Bien que je ne renonce pas à ma vengeance, j'accepte votre amitié et, par conséquent, je vous confie ces trois objets. Si du sang  apparaît sur eux, vous saurez que ma vie est en danger, et, en souvenir de notre pacte, viendrez à mon aide.
«Nous viendrons», répondirent-ils. Le roi monta son cheval et prit la route qu'on lui indiqua.

A la lumière de la lune, il aperçut un palais splendide, mais, bien qu'il en fit deux fois le tour, il ne trouva pas de porte. Il ne savait que faire, quand il entendit le bruit d'un fort ronflement,  qui semblait venir de ses pieds. En regardant vers le bas, il vit un vieillard au fond d'une fosse profonde, juste à l'extérieur des murs, avec une lanterne à ses côtés.
Peut-être pourra-t-il me donner un conseil, pensa le roi; Et, avec une certaine difficulté, il s'introduisit dans la fosse et posa sa main sur l'épaule du dormeur.
"Êtes-vous un oiseau ou un serpent que vous puissiez entrer ici?" Demanda le vieillard, se réveillant.  Mais le roi répondit qu'il était un simple mortel, et qu'il cherchait Zoulvisia.
"Zoulvisia? La malédiction du monde?" Répondit-il entre ses dents. "Sur les milliers de personnes tuées, je suis le seul qui se soit échappé, mais pourquoi m'a-t-elle épargné pour me condamner ensuite à cette vie de mort-vivant, je ne peux le deviner".

«Aidez-moi si vous le pouvez», déclara le roi. Et il confia au vieil homme son histoire, que ce dernier écouta attentivement.
«Suivez bien mon conseil», répondit le vieil homme. «Sachez que tous les jours au lever du soleil, Zoulvisia revêt sa veste de perles et monte les marches de la tour de cristal. De là, elle peut voir partout dans ses terres, et surveiller l'entrée de l'homme ou du démon. Si tel est le cas, elle émet des cris si effrayants que ceux qui l'entendent meurent de peur. Mais cachez-vous dans une grotte qui se trouve au pied de la tour, et plantez un bâton fourche en avant; Alors, quand elle aura jeté son troisième cri, sortez hardiment et regardez la tour. Puis allez sans crainte, car vous aurez brisé son pouvoir.
La roi monte à la tour de cristal
pour rejoindre Zoulvisia

Le roi fit mot pour mot ce que que le vieil homme lui avait ordonné, et quand il se détacha de la grotte, son regard croisa celui de Zoulvizia.

«Vous m'avez conquise, dit Zoulvisia, vous êtes digne d'être mon mari, car vous êtes le premier homme qui ne soit pas mort au son de ma voix! Et, laissant tomber ses cheveux dorés auxquels le roi se suspendit comme à une corde, elle le hissa au sommet de la tour. Ensuite, elle le conduisit dans le salon et le présenta à sa famille.
«Demandez-moi ce que vous voulez, je vous l'accorde», murmura Zoulvisia avec un sourire, alors qu'ils étaient assis ensemble sur la rive parcourue d'un courant ondoyant. Le roi la pria alors de libérer le vieillard à qui il devait sa vie et de le renvoyer dans son pays.

«J'en ai fini avec la chasse, et avec mes terres, dit Zoulvisia, le jour où ils furent mariés. « C'est à vous désormais que revient le soin de les faire fructifier». Et se tournant vers ses sujets, elle leur  demanda de faire venir le cheval de feu .
«C'est ton nouveau maître, mon compagnon de flamme, s'écria-t-elle; "Tu le serviras comme tu m'as servie." Et l'embrassant entre les yeux, elle posa la bride dans la main de son mari.

Le cheval hésita un moment, face au jeune homme, puis plia la tête, tandis que le roi lui tapotait le cou et que le cheval balançait la queue, jusqu'à ce qu'ils se sentissent tels de vieux amis. Le roi le monta répondant ainsi au désir de Zoulvisia. Elle lui remit une petite boîte décorée de perles contenant un de ses cheveux, qu'il serra contre sa poitrine dans une poche de son manteau.
Le roi partit à la découverte de ses terres, qu'il parcourut longuement, sans qu'il ressente le désir de rentrer chez lui pour le dîner. Soudain, un beau cerf s'élança presque sous ses pieds ; il le prit en chasse aussitôt. C'est à vive allure qu'ils arrivèrent près d'une large rivière sans que le roi ait pu atteindre l'animal qui ne lui laissa, d'ailleurs, aucune chance ! Le cerf sauta et  traversa la rivière et bien que  le roi se servit avec adresse de son arc, il ne parvint pas à le  blesser ;  Le roi s'efforça de gagner la rive opposée, et dans son excitation, ne remarqua pas que la boîte ornée de perles était tombée dans l'eau.

Le ruisseau, profond et rapide, entraîna la boîte dans ses eaux durant des miles, des milles et des milles, jusqu'aux rives d'un autre pays. C'est là qu'elle fut trouvée par l'un des porteurs d'eau du palais, qui la remit au roi. La conception de l'objet était si curieuse, et les perles si rares, que le roi ne put se décider à s'en séparer ; il en donna un bon prix au porteur et le renvoya. Puis, il convoqua son chambellan, et lui donna l'ordre de découvrir dans un délai de trois jours, sous peine de perdre sa tête, la provenance, l'histoire de l'objet.
Mais la réponse de l'énigme, qui laissa perplexe tous les magiciens et les hommes sages,  fut donnée par une vieille femme qui vint au palais, disant au chambellan que, pour deux poignées d'or, elle révélerait le mystère.
Bien sûr, le chambellan s'empressa de lui donner ce qu'elle  demandait ; en retour, elle indiqua que l'objet et les cheveux appartenaient à Zoulvisia.
«Conduisez-la ici, vieille, et vous aurez assez d'or pour le reste de vos jours»,  déclara le chambellan. La vieille femme  répondit qu'elle ferait du mieux qu'elle pourrait pour le satisfaire.

Elle retourna dans sa hutte au milieu de la forêt, et, debout devant la porte, siffla doucement. Bientôt, les feuilles mortes sur le sol commencèrent à se déplacer, et de dessous, émergea un long train de serpents. Ils se tortillaient aux pieds de la sorcière, qui se pencha et tapota leur tête,  donnant à chacun du lait dans un bassin de terre rouge. Quand ils eurent terminé, elle siffla à nouveau, et  demanda que deux ou trois d'entre eux encerclent ses bras, son cou, tandis qu'un autre s'enroule autour de sa canne, un autre encore autour de son fouet.
  
Alors, elle prit un bâton, et sur la rive de la rivière le transforma en radeau ; s'asseyant confortablement, elle le poussa au centre du ruisseau.
Tout le jour, elle flotta, et toute la nuit ;   au coucher du soleil le lendemain, elle se trouva près du jardin de Zoulvisia, juste au moment où le roi, au cheval de flamme, revenait de la chasse.

'Qui êtes-vous?' Demanda-t-il avec surprise; Car les vieilles femmes voyageant sur des radeaux n'étaient pas choses ordinaires dans ce pays. «Qui êtes-vous, et pourquoi êtes-vous venue ici?
«Je suis un pauvre pèlerin, mon fils, répondit-elle,  j'ai perdu la caravane, j'ai erré sans nourriture pendant de nombreux jours dans le désert, jusqu'à ce que j'arrive à la rivière. Là, j'ai trouvé ce petit radeau, et m'y suis installée, ne sachant pas si je devais vivre ou mourir. Mais puisque vous m'avez trouvée, donnez-moi, je vous prie, du pain à manger, et laissez-moi  cette nuit près du chien qui garde votre porte!
Ce récit piteux toucha le cœur du jeune homme, qui lui promit de lui faire porter sa nourriture et de l'autoriser à passer la nuit dans son palais.
«Mais restez derrière moi, bonne femme, s'écria-t-il, car le palais est encore loin». Se faisant, il se pencha pour l'aider à se mettre en selle, mais le cheval fit un écart, l'empêchant de monter.
Cela se produisit deux ou trois fois ; la vieille sorcière en connaissait la raison,  que le roi ne pouvait comprendre.
«Je crains de tomber, dit-elle, tandis qu'ils avançaient; Mais, comme ton cœur est bon, que tu as pitié de mes chagrins, ralentit ton pas et boiteuse comme je suis, je pense que je peux réussir à continuer, néanmoins."

À la porte, il pria la sorcière de se reposer, pendant qu'il ferait préparer tout ce dont elle avait besoin. Mais Zoulvisia  pâlit quand elle apprit sa présence, et le supplia de renvoyer la vieille femme après l'avoir nourrie, car elle pouvait leur faire du mal.
Le roi se moqua de ses peurs et répondit avec bonne humeur :
"Pourquoi ? On pourrait penser qu'elle est une sorcière à vous entendre parler ! Et même si elle l'était, quel mal pourrait-elle nous faire ?" Et appelant des jeunes filles, il leur ordonna de lui porter sa nourriture et de la laisser dormir dans leur chambre.

La vieille femme  très rusée garda les jeunes filles éveillées la moitié de la nuit avec toutes sortes d'histoires étranges. En effet, le lendemain matin, alors qu'elles habillaient leur maîtresse, l'une d'entre elles se mit à rire et les autres se joignirent à elle.
'Pourquoi ris-tu ?" Demanda Zoulvisia. Et la femme de chambre  répondit qu'elle pensait à une aventure drôle qui leur a été contée la veille par la nouvelle venue.
"Oh, madame!" S'écria la jeune fille, "peut-être qu'elle est une sorcière, comme on dit; Mais je suis sûre qu'elle ne ferait jamais un sortilège pour nuire à une mouche! Et quant à ses contes, ils combleraient beaucoup d'heures ennuyeuses pour toi, quand mon seigneur est absent!

Ainsi, dans ce seul instant devenu néfaste , Zoulvisia consentit à ce que la "sorcière" lui fut présentée, et,  dés ce moment,  devinrent inséparables.

Un jour, la sorcière commença à parler du jeune roi et déclara que dans tous les pays qu'elle avait visités, elle n'avait rien vu comme lui.
«Il est si intelligent qu'il a deviné ton secret afin de gagner ton cœur», dit-elle. "Et bien sûr, il vous a dit le sien, en retour?"
"Non, je ne pense pas qu'il en ait",  déclara Zoulvisia.
«Pas de secret? S'écria la vieille femme avec un étonnement feint. «C'est une bêtise! Tout le monde a un secret, qu'il dit toujours à la femme qu'il aime. Et s'il ne vous l'a pas confié ,  c'est qu'il ne vous aime pas !

La sorcière et ses serpents

Ces mots troublèrent vivement Zoulvisia, bien qu'elle ne l'avouât pas à la sorcière. Mais dés qu'elle se retrouva seule avec son mari, elle le persuada peu à peu de lui livrer le secret de sa force.
 Longtemps, il la détourna de sa pensée avec des caresses, mais quand elle finit par les refuser, il  répondit :
"C'est mon sabre qui me donne ma force, jour et nuit à mes côtés. Maintenant que vous savez mon secret, jurez sur cette bague, que je vous donne en échange de la vôtre, que vous ne le révélerez à personne". Et Zoulvisia  jura ... puis se précipita aussitôt pour trahir sa promesse en rapportant la bonne nouvelle à la vieille femme !

Quatre nuits plus tard, pendant que tout le monde dormait, la sorcière se glissa doucement dans la chambre du roi et prit le sabre posé près de lui. Puis, elle se dirigea vers la terrasse et déposa l'épée dans la rivière.

Le lendemain matin, tout le monde fut surpris quand, contrairement à ses habitudes, le roi ne se leva pas de bonne heure pour partir à la chasse. Les serviteurs, l'oreille collé au trou de la serrure ,entendirent le son de sa respiration lourde, sans qu'aucun n'osa entrer, jusqu'à ce que Zoulvisia arriva et quelle vit leur regard inquiet !  Le roi semblait mort, avec de la mousse sur sa bouche et des yeux qui étaient déjà fermés. Ils pleurèrent,  pleurèrent, sans comprendre ce qui s'était passé.

Soudain, un cri éclata venant de ceux qui se tenaient à l'arrière, et la sorcière s'avança, avec des serpents autour de son cou, de ses bras et de ses cheveux. A un signe d'entre eux, ils se jetèrent avec un sifflement sur les jeunes filles, dont la chair fut percée de leurs crocs empoisonnés. Puis, se tournant vers Zoulvisia, elle dit :
«Je vous donne le choix, celui de venir avec moi, sinon, les serpents vous tueront aussi ! Et comme la jeune fille terrifiée la regardait, incapable de prononcer un seul mot, elle la saisit par le bras et la conduisit vers l'endroit où le radeau était caché parmi les joncs. Quand ils furent à bord, ils prirent les rames, et  flottèrent dans le ruisseau jusqu'à ce qu'ils aient atteint le pays voisin, où Zoulvisia fut vendue pour un sac d'or au roi.

Or, depuis le jour où le jeune homme était entré dans les trois huttes qui traversaient la forêt, aucune  matinée ne s'était écoulée sans que les fils des trois fées ne viennent examiner les ciseaux, le rasoir et le miroir que le jeune roi leur avait laissés. Jusque là, les surfaces des trois objets étaient restées brillantes. Mais ce matin-là, lorsqu'ils vinrent les contrôler comme d'habitude, des gouttes de sang apparurent sur le rasoir et les ciseaux, tandis que le petit miroir était obscurci.
«Quelque chose de terrible est arrivé à notre petit frère»,  chuchotèrent-ils, avec des visages effrayés; «Il faut se hâter à son secours avant qu'il ne soit trop tard». Et se chaussant de leurs souliers magiques, ils partirent pour le palais.

Les serviteurs les saluèrent vivement, prêts à dire tout ce qu'ils savaient, mais ce n'était pas grand-chose; seulement que le sabre avait disparu, personne ne savait où. Les nouveaux arrivants passèrent toute la journée à le chercher, mais sans succès ;  quand la nuit s'acheva, ils étaient très fatigués et affamés. Mais comment allaient-ils obtenir de la nourriture? Le roi n'avait pas chassé ce jour-là, et il n'y avait rien à manger. Les petits hommes étaient désespérés, quand un rayon de la lune éclaira soudain le fleuve sous les murs.
'"Tellement stupide ! Bien sûr, il y a du poisson à attraper, s'écrièrent-ils ; Et courant à leur barque, ils  réussirent rapidement à pêcher des poissons fins, qu'ils préparérent aussitôt. Ensuite, se sentant mieux, ils regardèrent autour d'eux.

Plus loin, au milieu du ruisseau, il y avait des éclaboussures étranges, et, de part en part, le corps d'un énorme poisson apparaissait, se tournant et se tordant comme sous l'emprise d'une vive douleur. Les yeux de tous les frères restèrent fixés sur  ce phénomène, lorsque le poisson sauta dans l'air, tandis qu'une lumière brillante traversa la nuit. 

"Le sabre!" Ils crièrent et plongèrent dans le ruisseau, en sortirent l'épée, tandis que le poisson resta couché sur l'eau, épuisé par ses luttes. Utilisant le sabre pour sortir de l'eau, une fois sur la terre ferme, ils le séchèrent soigneusement avec leurs manteaux, puis le portèrent au palais, le placèrent sur l'oreiller du roi. Instantanément, les couleurs revinrent sur son visage cireux et ses joues creuses se remplirent. Le roi s'assit et, ouvrant les yeux, dit:

- Où se trouve Zoulvisia?
- C'est ce que nous ignorons, répondit un des petits hommes ; "Mais maintenant que vous êtes sauvé, vous allez bientôt le découvrir." Et ils lui  racontèrent ce qui s'était passé depuis que Zoulvisia avait confié son secret à la sorcière.

«Laissez-moi aller à mon cheval» fut son sa seule réponse. Mais quand il entra dans l'écurie, il pleura à la vue de son compagnon préféré, qui était presque aussi triste que son maître. Il tourna lentement la tête, alors que la porte retombait sur ses charnières, mais quand il vit le roi, il se leva et  frotta sa tête contre lui.
«Oh mon beau cheval ! Combien plus intelligent que moi, tu es ! Si j'avais agi comme toi, je n'aurais jamais perdu Zoulvisia; Mais nous la chercherons ensemble, toi et moi.

Longtemps, le roi et son cheval suivirent le courant du ruisseau, mais nulle part il ne purent apprendre quoi que ce soit de Zoulvisia. Enfin, un soir, ils s'arrêtèrent tous deux pour se reposer près d'un chalet non loin d'une grande ville, et comme le roi était étendu sur l'herbe, regardant son cheval occupé à couper le gazon court, une vieille femme sortit avec un bol en bois rempli de lait frais qu'elle lui  offrit.
Il le but avec avidité, car il avait grand soif, puis, posant le bol,  commença à parler avec la vieille femme, qui était ravie d'avoir quelqu'un pour écouter sa conversation.
«Vous avez de la chance d'avoir dépassé cette voie tout à l'heure, dit-elle, car dans cinq jours, le roi organise son banquet de mariage. Ah! Mais la mariée, aux yeux bleus et aux cheveux dorés, ne le veut pas !  Elle garde, dit-on, à son côté, une coupe de poison, et déclare qu'elle va l'avaler plutôt que de devenir sa femme. Pourtant, il est un bel homme aussi, et un bon mari pour elle, plus qu'elle n'aurait pu chercher, étant venu d'on ne sait où, achetée par une sorcière ...

L'aurait-il trouvée finalement ? Le coeur du roi battait violemment, l'étouffait, il haleta : "Se nomme-t-elle Zoulvisia ?"

"Aïe, alors elle dit bien la vieille sorcière ... Mais qu'est ce qui t'affecte ?" Elle s'arrêta alors que le jeune homme se relevait et saisissait ses poignets.
«Écoutez moi», dit-il. 'Pouvez-vous garder un secret?'
"Oui" répondit encore la vieille femme, "si on me le paye".
«Oh, vous serez payée, soyez-en sûre, autant que votre cœur peut désirer! Voici une poignée d'or : vous en aurez encore autant  si vous répondez à  mon souhait. La femme  hocha la tête.

"Maintenant, allez vous acheter une robe comme les femmes de la cour et faites-vous admettre dans le palais, en présence de Zoulvisia. Quand vous y serez, montrez-lui cette bague ;  après cela, elle vous dira ce qu'il faut faire.
Alors la vieille femme partit, se revêtit d'un vêtement de soie jaune et enveloppa un voile autour de sa tête. Dans cette robe, elle marchait hardiment sur les marches du palais derrière des commerçants que le roi avait convoqués pour apporter des cadeaux pour Zoulvisia.

Au début, la mariée gardait le silence, devant chacun d'entre eux; Mais, en apercevant l'anneau, elle devint soudainement aussi douce qu'un agneau. Et, remerciant les marchands pour leur dérangement, elle les  renvoya afin de rester seule avec la visiteuse.
«Grand-mère», demanda Zoulvisia, dès que la porte se fut refermée , «où est le propriétaire de cette bague?
«Dans mon chalet», répondit la vieille femme,  attendant vos ordres.
«Dites-lui de rester là pendant trois jours; Et maintenant, allez dire au roi de ce pays que vous m'avez convaincue. Ensuite, il me laissera tranquille et cessera de me surveiller. Le troisième jour,  j'irai  errer dans le jardin près de la rivière, et là, votre hôte me trouvera. La suite le  concerne.

Le matin du troisième jour arriva, et, avec les premiers rayons du soleil, l'agitation commença dans le palais; au soir, le roi allait épouser Zoulvisia. On dressa des tentes de fines étoffes, décorées de guirlandes de fleurs blanches et douces, et le banquet fut organisé. Quand tout fut prêt, une procession se forma pour aller chercher la mariée, qui se promenait dans les jardins du palais depuis le jour, afin que la foule puisse la voir. Un morceau de sa robe de gaze dorée pourrait être pris, alors qu'elle passait d'un fourré fleuri à l'autre.

 Alors, tout à coup, la multitude saisie recula, au moment où un coup de foudre sembla sortir du ciel à l'endroit où Zoulvisia était debout.

 Ah! Mais ce n'était pas un coup de foudre, seulement le cheval de feu! Et quand la foule put voir à nouveau, elle constata qu'il s'éloignait avec deux personnes sur le dos !

Zoulvisia et son mari apprirent à garder le bonheur qu'ils avaient reçu. C'est une leçon que beaucoup d'hommes et de femmes n'apprennent jamais. D'ailleurs, c'est une leçon que personne ne peut enseigner, et que  garçons et filles doivent apprendre par eux-mêmes.
(De "Contes Arméniens" - d'après Frédéric Macler.)

mardi 3 mai 2016

Le maître du jardin (L'arbre d'amour et de sagesse) - Henri Gougaud - Conte d'Arménie



Le maître du jardin


Il était un roi d'Arménie. Dans son jardin de fleurs et d'arbres rares, poussait un rosier chétif et pourtant précieux entre tous. Le nom de ce rosier était Anahakan. Jamais, de mémoire de roi, il n'avait pu fleurir. Mais s'il était choyé plus qu'une femme aimée, c'était qu'on espérait une rose de lui, l'Unique dont parlaient les vieux livres. Il était dit ceci : " Sur le rosier Anmahakan*, un jour viendra la rose généreuse, celle qui donnera au maître du jardin l'éternelle jeunesse. "

Tous les matins, le roi venait donc se courber dévotement devant lui. Il chaussait ses lorgnons, examinait ses branches, cherchait un espoir de bourgeon parmi ses feuilles, n'en trouvait pas le moindre, se redressait enfin, la mine terrible, prenait au col son jardinier et lui disait : " Sais-tu ce qui t'attend, mauvais bougre, si ce rosier s'obstine à demeurer stérile ? La prison ! L'oubliette profonde ". C'est ainsi que le roi, tous les printemps, changeait de jardinier. On menait au cachot celui qui n'avait pu faire fleurir la rose. Un autre venait, qui ne savait mieux faire, et finissait sa vie comme son malheureux confrère, entre quatre murs noirs. 

Douze printemps passèrent, et douze jardiniers. Le treizième était un fier jeune homme. Il s'appelait Samvel. Il dit au roi : " Seigneur, je veux tenter ma chance. " Le roi répondit : " Ceux qui t'ont précédé étaient de grands experts, des savants d'âge mûr. Ils ont tous échoué. Et toi, blanc-bec, tu oses ! - Je sens que quelque chose, en moi, me fera réussir, dit Samvel. - Quoi donc, jeune fou ? - La peur, Seigneur, la peur de mourir en prison ! "

Samvel, par les allées du jardin magnifique, s'en fut à son rosier. Il lui parla longtemps à voix basse. Puis il bêcha la terre autour de son pied maigre, l'arrosa, demeura près de lui, nuit et jour, à le garder du vent, à caresser ses feuilles. Il enfouit ses racines dans du terreau moelleux. Aux premières gelées, il l'habilla de paille. Il se mit à l'aimer. Sous la neige, il resta comme au chevet d'un enfant, à chanter des berceuses. Le printemps vint. Samvel ne quitta plus des yeux son rosier droit et frêle, guettant ses moindres pousses, priant et respirant pour lui. Dans le jardin, des fleurs partout s'épanouirent, mais il ne les vit pas. Il ne regardait que la branche sans rose. Au premier jour de mai, comme l'aube naissait : " Rosier, mon fils où as-tu mal ? " A peine avait-il dit ces mots qu'il vit sortir de ses racines un ver noir, long, terreux. Il voulut le saisir. Un oiseau se posa sur sa main, et, les ailes battantes, lui vola sa capture. A l'instant, un serpent surgit d'un buisson proche. Il avala le ver, il avala l'oiseau. Alors un aigle descendit du haut du ciel. Il tua le serpent, le prit dans ses serres, s'envola. Comme il s'éloignait vers l'horizon où le jour se levait, un bourgeon apparut sur le rosier. Samvel le contempla, il se pencha sur lui, il l'effleura d'un souffle, et lentement la rose généreuse s'ouvrit au soleil du matin. " Merci, dit-il, merci. "

Il s'en fut au palais en criant la nouvelle. Le roi était au lit. Il bâilla. Il grogna. " Moi qui dormais si bien ! - Seigneur, lui dit Samvel, la rose Anahakan s'est ouverte. Vous voilà immortel, ô maître du jardin ! " Le roi bondit hors de ses couvertures, ouvrit les bras, rugit : " Merveille ! " En chemise, pieds nus, il sortit en courant. " Qu'on poste cent gardes armés de pied en cap autour de ce rosier ! dit-il, gesticulant. Je ne veux voir personne à dix lieues à la ronde ! Samvel, jusqu'à ta mort, tu veilleras sur lui ! " Samvel lui répondit : " Jusqu'à ma mort, Seigneur ". 

Le roi, dans son palais, régna dix ans encore, puis, un soir, il quitta ce monde en disant ces paroles : " Le maître du jardin meurt comme tout le monde. Tout n'était que mensonge. - Non, dit le jardinier, à genoux près de lui. Le maître du jardin, ce ne fut jamais vous. La jeunesse éternelle est à celui qui veille, et j'ai veillé, Seigneur, et je veille toujours, de l'aube au crépuscule, du crépuscule au jour. Il lui ferma les yeux, baisa son front pâle, puis sortit sous les étoiles. Il salua chacune. Il dit : " Bonsoir, bonsoir, bonsoir ". Samvel avait le temps désormais, tout le temps.

 (Conte d'Arménie, Henri Gougaud, L'arbre d'amour et de sagesse, Ed. du Seuil)

*Anmahakan : Immortel 



lundi 14 septembre 2015

La légende de la ville de Moush

La Déesse de la Sagesse Nane et la ville de Moush

La légende de la ville de Moush

 Il était une fois, en Arménie, une ville sur la rivière Aratsani... et dont les habitants se querellaient toujours entre eux.
Ils étaient arrogants et asservis par leur vanité. Leur fierté empêchait toute opinion impartiale ....

Tout ce qu'ils faisaient, de l'aube jusqu'au crépuscule, était de se réunir les uns avec les autres afin de donner des leçons aux uns et aux autres, sans aucune raison importante qui pourrait mettre en péril leur communauté.

Les différends quotidiens prenaient une telle proportion que les choses en étaient arrivées au point de les régler en préparant un combat  en rangs serrés .....

La déesse de la Sagesse, Nane, alertée par l'orgueil démesuré de tous ces êtres qu'elle aimait, décida de venir à leur secours ...

Du jour au lendemain, elle envoya une épaisse nappe de brouillard sur toute la ville afin que cette opacité soudaine fasse obstacle au projet belliqueux de la population ....

Surpris, les "combattants"  furent ainsi contraints d'y renoncer, de cesser leurs menaces ou insultes, noyés qu'ils étaient dans le néant blanc...

Cependant, vindicatifs, les habitants se mirent à vociférer  : "Nous n'avons qu'à attendre  !!  et  dès que le brouillard se lèvera, nous poursuivrons nos discussions !"

Mais le brouillard flotta et resta comme un épais nuage, immobile sur toute la ville .....

Il dura le temps qu'il fallut, jusqu'à ce que les personnes irréconciliables aient oublié leurs griefs.

La légende ne nous dit pas combien de temps.... En tout cas jusqu'au moment où, le calme revenu, s'installe la quiétude, que la vie paisible et la tranquillité règnent à nouveau dans la ville.

La Déesse de la Sagesse, Nane, renouvela quelquefois cette première expérience....

Elle enveloppait alors la ville dans un voile de brume afin de ramener ses habitants à la Sagesse et la Justice.... 

Avec le temps, elle parvint à ses fins... Les habitants modifièrent leur comportement devenant peu à peu plus calmes, polis et attentifs les uns aux autres.
Ils apprirent même à apprécier les moments de brouillard de temps en temps !..........

Et c'est ainsi, qu'en raison de ces nappes de brouillards récurrentes,  l’agglomération alors connue sous le nom "Mshoush",  devint quelques siècles plus tard, la ville de Moush.

 JsM
(sources de Peopleofar traduit et adapté de l'anglais par JS Markarian.)


mardi 17 février 2015

Hayk et la tradition


Tableau représentant la victoire de Hayk sur Bel - par l’Italien, Giuliano Zasso (1833-1889)


Selon la tradition, Hayk aurait battu Bel le 11 Août, 2492 avant JC.

Avec le temps, il est devenu impossible de déterminer l’origine exacte du peuple arménien. L’histoire moderne a ses propres réponses aux questions « Quand, où et comment s’est formé le peuple arménien ?». L’archéologie y a contribué, mais d’autres éléments à la fois en Arménie actuelle et en Turquie pourraient s’avérer intéressants.

La mythologie, quant à elle, a sa propre histoire à raconter, une histoire qui par moments coïncide avec les faits historiques, mais qui se nourrit plus généralement de la légende traditionnelle.

Hayk est « nahapet », l’ancêtre et le premier patriarche des Arméniens. Il emmena 300 personnes avec lui hors de Babylone, poursuivi par son seigneur, Bel. En conséquence, une grande bataille a eu lieu, durant laquelle, la flèche de Hayk a trouvé sa cible, tuant Bel, et inaugurant ainsi une nouvelle ère. Dans une des versions du calendrier arménien la nouvelle ère débute à cette date, qui correspondrait au 11 août 2492 avant J.-C. L’an 2492 avant J.-C, date de cet événement, a été calculé à l’époque moderne.

Cette histoire apparait dans L’Histoire Arménienne de Moise de Khorène (Movses Khorenatsi), qui pour sa part serait, selon la tradition, un élève de Mesrop Mashtots (à qui on attribue l’alphabet arménien et les premières écoles arméniennes datant du 5ème siècle après JC).Les enseignements chrétiens importants durant cette ère pourrait être considérés comme une bonne adaptation de l’histoire de Hayk et Bel, reflétant la tour de Babel et les thèmes de rejet, de lutte et d’exil de l’Ancien Testament. En effet, Hayk est associé à la constellation d’Orion dans la traduction arménienne de la Bible, plus précisément dans le Livre de Job.

Mis à part les héros et les demi-dieux, le nom que se donnent les Arméniens s’écrit « hay » et se prononce comme le mot « high » en anglais. On l’associe souvent à Hayk, car l’Arménie se dit « Hayastan » et « Hayk » respectivement en arménien et en arménien classique. Cependant, ces mots ne coïncident pas complètement entre eux. Les incohérences linguistiques pourraient avoir des explications étymologiques plausibles. De plus, on appelle « Hayassa » un royaume peu connu au 16ème siècle avant JC, situé dans la même région où les royaumes d’Ourartou et d’Arménie ont par la suite vu le jour. Cette découverte pourrait aussi expliquer le nom que les Arméniens s’attribuent à eux-mêmes.

En attendant, le nom de leur ancêtre, prononcé « Hayg » en arménien occidental, est aujourd’hui utilisé comme un prénom masculin arménien et « Hayguhi » en est la version féminine.

Source : http://100ans100faits.fr/facts/tradition-hayk-defeated-bel-11th-august-2492-bc/

dimanche 30 mars 2014

TIGRANE II LE GRAND - ROI D'ARMENIE - Mais ce n'est pas un conte ...


Au cours des 17ème et 18ème siècles de nombreux compositeurs italiens, autrichiens et allemands ont composé plus de 20 opéras dédiés au roi d'Arménie, Tigrane le Grand.
Né en l'an 140 av. J.C., Tigrane II dit le Grand a accédé au trône d'Arménie en 95, succédant à son père Tigrane Premier (115-95). Il était le petit-fils d'Artaches Ier (189-160), fondateur de la dynastie des Arsacides.
Durant un règne de quarante années Tigrane II a fondé la ville de Tigranakert-Tigranocerte (en arménien — bâti par Tigrane), devenue la capitale de son royaume avec une population de plus de trois cents mille habitants. Trois autres villes-forteresses portant le même nom ont également été édifiées dans les provinces de Gokhtan, d'Outik et d'Artsakh. Le nombre des villes portant ce même nom s'élève en tout à sept.

Tout en possédant au plus haut point les qualités de stratège militaire et d'homme politique, Tigrane II était aussi amateur d’art et fut dans son royaume le protecteur des arts, en particulier, du théâtre.
En l'an 69 av. J.C. il fit construire dans sa capitale Tigranocerte un amphithéâtre hellénistique, destiné aux représentations théâtrales, donnant ainsi le coup d'envoi au développement du théâtre en Arménie.
L'existence, au cours d'une certaine période de trois capitales – Artachat, au nord-est du pays,  Antioche au sud-ouest et Tigranocerte, au centre – atteste de la grandeur et de la puissance de l'Arménie à cette époque.
Tigrane le Grand avait épousé Cléopâtre, fille du roi du Pont Mithridate VI Eupator, son allié dans la lutte contre l'Empire Romain.
Les monnaies d'or, d'argent et de bronze à l'effigie de Tigrane le Grand et avec la mention "Roi des rois", frappées sous son règne il y a plus de deux mille ans, sont rares et recherchées par des collectionneurs et numismates.

Monnaie à l'effigie de Tigrane le Grand
I siècle av. J.C


















La dernière apparition de la comète de Halley a eu lieu de nos jours, la veille des évènements du Karabakh-Artsakh ( et ).
Le fait exceptionnel des apparitions dans le ciel d'Arménie de la comète de Halley coïncidant avec des événements d’une telle importance, comme le règne de Tigrane II — pour les Arméniens un symbole de puissance et de prospérité — et la guerre du Karabakh, est perçu dans la réalité arménienne comme un présage céleste.

L'Arménie actuelle a rendu l'hommage à son roi le plus célèbre de toute son histoire, en érigeant sa statue monumentale à l'entrée de la résidence du Président de la République arménienne à Erevan, et en instituant (par la loi de 12 juin 2002) l'Ordre de "Tigrane le Grand", décoration décernée pour services exceptionnels rendus à l'Etat.

                     Tigrane le Grand - Levon Tokmajyan

Compositeurs ayant écrit sur le thème de Tigrane le Grand (parmi la vingtaine d'opéras écrits sur ce thème) :

L'opéra d'Alessandro Scarlatti "Tigran, rè d'Armenia" a été mis en scène pour la première fois le 17 février 1715, au "Teatro San Bartolomeo" de Naples. Par la suite il a été joué un peu partout en Europe.

Un autre grand musicien italien,  Antonio Vivaldi, (1678-1741), s'est intéressé au thème "tigranien" et a composé un opéra donné le 5 mai 1791 dans la salle "Gänsemarkt" de Hambourg avec le titre allemand "Die über Hass und liebe siegende beständigkeit, oder Tigranes, König von Armenien".

Le grand réformateur de l'art lyrique, l'autrichien Christoph Willibald Gluck (1714-1787), ainsi que l'italien Niccolo Piccini (1728-1800), auteurs tous les deux, de plusieurs dizaines d'opéras, ont eux aussi été inspirés par le sujet du  roi Tigrane : Gluck a crée sa version en 1743, et Piccini en 1761.

Dans l'ordre chronologique des créations d'opéras ayant pour sujet le roi Tigrane, il convient de citer le premier d'entre eux, celui de Tomaso Giovanni Albinoni, (1671-1751). La première représentation de son opéra "Tigran, rè d'Armenia", écrit sur le livret de Giulio Cesare Corradi, a eu lieu durant les fêtes de Carnaval du 1697, au "Teatro di San Cassiano" de Venise.

Compositeur d'origine allemande, ayant vécut la plus grande partie de sa vie en Italie, Johann Adolf Hasse (1699-1783), est l'auteur de plus de 80 opéras, parmi lesquels figure aussi "Tigran, rè d'Armenia". Cet opéra a été créé le 4 novembre 1723 au "Teatro San Bartolomeo" de Naples.

Les partitions de ces opéras, vieilles de deux, trois cents ans, sont aujourd'hui dispersées, pour certaines, un peu partout dans les bibliothèques et les collections privées en Europe et dans le reste du monde, mais beaucoup d'autres sont signalées comme perdues. 

Sources :

mardi 7 janvier 2014

UNE LEGENDE AIMEE DES ARMENIENS ENTRE TOUTES : LA NATIVITE

CURIOSITE DENICHEE DANS LES "ARCHIVES PRIVEES"

par Sinan BEY
(Forum des N.A.M)

 Gentile da Fabriano, Adoration des mages


Allez, pour bien finir la fête de Noël (pour ceux qui la fêtent - il y en a même qui ne croient à rien mais qui la fêtent kamème!):
nous présentons ici une curiosité, dénichée dans les 'Archives privées' :

Attention, ça commence: armez-vous de patience!

ooooooooooo


Noël arménien : Pourquoi le 6 Janvier ?

Les Arméniens, première nation ayant proclamé le christianisme comme religion d’Etat en 301, voire vers 280, continuent à fêter Noël le 6 janvier et non pas le 25 décembre. Pourquoi ? Nous aurions pu donner une réponse historique, ou citer une notoriété ecclésiastique de nos jours. Nous préférons laisser la parole à Sa Majesté Gagik II, Roi d’Arménie.
Il explique lui-même les raisons de son intervention. « Je suis le Roi, dit-il, et le fils des Rois d’Arménie. D’autre part, je suis parfaitement instruit dans les sciences de la Bible. Je connais à fond l’Ancien et le Nouveau Testament. Tous les Arméniens peuvent en témoigner, puisqu’ils me classent parmi les docteurs de leur Eglise ».
C’était en 1065, devant le synode de Sainte-Sophie et devant la cour impériale de Constantinople qui poursuivait l’unification, c’est-à-dire l’assimilation totale du peuple arménien avec la Byzance.
Quelques décennies plus tard, dans les années 1130/40, l’historien contemporain Mathéos Ourhayétzi ou Matthieu d’Edesse, avec un plaisir sans retenu reproduit ce document intégralement dans ses Annales (éditées à Jérusalem en 1869) dont nous citons ici les passages relatifs à Noël (pages 195-214).
Rappelons cependant que les Arméniens (non catholiques) fêtent la naissance et la révélation du Fils de Dieu (Epiphanie) le même jour, le 6 janvier, c’est pourquoi on souhaite à Noël : « Christos dzenav yév haytnétzav – Tzézi mézi médz Avédis ! » (Le Christ est né et s’est révélé parmi nous : quelle bonne nouvelle, pour vous et pour nous !).

Le Roi parle (début de la citation) :
zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

« Quant à la fête de la Nativité du Seigneur, voilà : l’évangéliste et l’apôtre Luc dit : ‘Jésus avait trente ans’. Par là, il démontre qu’Il était baptisé et avait commencé son enseignement le jour même où Il venait d’avoir ses trente ans précis. 
Habituellement, l’on compte cent quatre-vingts jours pour la période où Zacharie resta muet, qui remet l’Annonciation au 25 mars d’où l’on compte deux cent soixante-seize jours pour la grossesse de la Sainte Vierge selon la règle de naissance du premier-né au dixième mois, pour en résulter la Nativité le 25 décembre.

« Examinons d’abord le livre des Lévites, ensuite l’Evangile. Dans les Lévites c’est écrit : ‘La fête que vous me consacrerez doit être sanctifiée. Trois fois par an vous ferez la fête, et tout mâle doit se présenter devant moi, et vous présentez des offrandes au Seigneur’. Un peu plus loin : ‘Le premier jour du septième mois est sacré. Et le quinzième jour du même mois est la fête qu’on appelle des Tabernacles, il est également sacré, n’effectuez aucun travail ce jour-là. Et le septième jour est sacré, le chabat du repos, n’effectuez aucun travail ce jour-là’. 

« Zacharie est tombé muet au mois (hébreu) de Techrine, ce qui est le septième mois, le jour du Pardon quand le grand prêtre entrait au Sanctuaire des sanctuaires, et ceci, une fois par an, selon le témoignage de saint Paul. Or, il n’était pas opportun à Zacharie de s’approcher de sa femme ce jour-là, car il était le grand prêtre de cette année, et la fête des Tentes était imminente : tout le peuple d’Israël y était réuni pour célébrer pendant sept jours cette fête. Il n’était pas possible au grand prêtre d’abandonner son public et de rentrer chez lui.

« Qu’il habitait à l’extérieur de la ville et non pas dans Jérusalem, à cela il y a le témoignage de Luc : ‘Les gens attendaient Zacharie et s’étonnaient de son séjour prolongé dans le Temple. Mais quand les jours de son office furent accomplis, il rentra chez lui’ (dans sa maison). Et il ajoute : ‘Après ces jours-là, sa femme Elisabeth fut enceinte’.

« A toute personne qui sait penser, il paraît évident : tandis qu’il était ordonné au simple peuple de sanctifier non seulement les jours des Fêtes mais aussi le début du mois jusqu’au troisième jour, comment le grand prêtre lui-même pouvait-il abandonner son peuple au milieu des grandes fêtes, rentrer chez lui et s’approcher de sa femme ? L’évangéliste ajoute encore : ‘Marie se leva et partit vers les montagnes, vers la ville de Juda, et entra dans la maison de Zacharie’. C’était le jour même des fêtes.

« Conclusion : Zacharie est devenu muet le dix du mois Techrine, c’est-à-dire le vingt-cinq septembre ; et le vingt-deux du mois Techrine il y eut le rapport et la grossesse d’Elisabeth. 

« En comptant les six jours du mois, ça fait cent quatre-vingts jours , ce qui se fixe au seize du mois, qui correspond au six du mois d’avril des Romains, le jour où l’annonce fut faite à la sainte vierge Marie (Annonciation). Y compris la dizaine de jours supplémentaires nécessaires à la naissance des premiers-nés, ça fait deux cent quatre-vingt-six jours : le vingt-et-un septembre, ce qui correspond au six janvier des Romains. » 

zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
(Fin du Discours du Roi).

Le débat continue encore sur d’autres sujets, et le Roi d’Arménie défend brillamment les thèses arméniennes. Son renom se répand auprès des grands docteurs de l’Eglise arménienne dont Mathéos cite fièrement une grande liste. Cela n’empêche pas pour autant les ‘Roméens’ (Byzantins) de l’assassiner plus tard, traîtreusement et sauvagement – à la manière byzantine.
(Le discours du Roi est traduit de l’ancien arménien).

PS : L’Eglise primitive universelle fêtait la nativité et la révélation du Seigneur le même jour, le 6 janvier. Par la suite, précisément en 353 (après J.-C. bien évidemment), le pape, voulant remplacer une fête importante païenne qui se célébrait à Rome juste après le solstice d’hiver, a dédié cette journée à la Naissance du Seigneur, et pour le 6 janvier, on a gardé sa révélation, l’Epiphanie. Les autres Eglises d’Orient ont suivi l’exemple, un peu plus tard, probablement après que l’Eglise arménienne se soit séparée des autres Eglises sœurs (VIe siècle). C’est ainsi que les Arméniens n’ont pas suivi l’exemple général et sont restés les seuls à fêter Noël et Epiphanie le même jour, le 6 janvier. Actuellement, les orthodoxes fêtent Noël le 7 janvier : c’est pure coïncidence. C’est à cause du retard du calendrier julien encore en usage chez eux. 
NB : Qu’on fête la naissance du Seigneur le 25 décembre ou le 6 janvier, n’a aucune importance dogmatique. C’est un fait pratique, pragmatique, liturgique. D’ailleurs, on ne sait pas quand le Christ est né, ni le jour, ni l’année. Selon toute probabilité, Jésus de Nazareth est venu au monde entre le 9 et le 5 avant Jésus-Christ. – 
Le Discours historique du Roi d’Arménie est présenté ici comme une curiosité.

(Copyright Simon Babikian).

vendredi 1 novembre 2013

Artashes et Satenik


En 190 av.J.-C. après la défaite d'Antiochus contre les Romains, Artaksias (Artashes en arménien) et Zariadres (Zareh) en 189 av. J.-C., se sont déclarés rois. Ainsi furent fondés trois Royaumes arméniens, recevant respectivement, le nom de : Grande Arménie (de l'est de l'Euphrate à la vallée de Arartskoj, dirigée par Artashes),   Cilicie (à l'ouest de l'Euphrate, sous le pouvoir de Mithridate, un parent et allié Antiochus) et Tsopk ou Sophène (plus tard Kharpert ou Harpout - sous le règne de Zareh


Artashes et Satenik

De l'histoire de l'Arménie,
par
Moïse de Khorene
A cette époque, les Alains (Cavaliers des steppes, seigneurs du Caucase - Ie - XVe s. ap. J.-C.),
  étaient unis à tous les habitants des régions montagneuses, et avaient pris possession de la moitié de la Géorgie, se répandant en grand nombre sur notre terre.

  Artashes avait réuni une puissante armée  car il y avait la guerre entre les deux grandes nations. Les Alains éprouvés se retirèrent, et, traversant la rivière Kur, établirent leur campement sur sa rive nord.  Artashes et son armée les rejoignirent bientôt et campèrent sur la partie du sud,  la rivière séparant ainsi les belligérants.

 Le fils du roi des Alains ayant été fait prisonnier par les armées arméniennes et remis à Artashes, le roi des Alains, dans un désir de paix, promit de donner à Artashes tout ce qu'il souhaitait. Il promit aussi une paix éternelle afin que son fils ne soit pas conduit en captivité dans le pays des Arméniens. Craignant que le roi Artashes ne consente pas néanmoins à libérer le jeune prince,  le roi des Alains fit venir sa fille qui se tint sur un grand rocher près de la rivière.

Elle tint ces propos que les interprètes traduisirent :  "Brave Artashes, Ô toi qui as vaincu la grande  et courageuse armée des Alains, me voici devant toi, viens, écoute la fille aux yeux brillants du roi des Alains qui te prie de libérer notre jeune Prince, de le rendre aux siens. Car ce n'est pas la manière des nobles héros que de détruire une vie dans sa fleur, ni de prendre plaisir à humilier et asservir un otage, ce qui ne ferait qu'instaurer une inimitié éternelle entre deux grandes nations ".

En entendant ces paroles pleines de sagesse, Artashes alla au bord de la rivière. Et voyant une jeune fille si belle, son coeur s'enflamma. Il fit appeler Smpad son chambellan, lui ouvrit son cœur en lui confiant son désir d'elle, et lui ordonna d'obtenir la jeune fille en mariage, promettant paix à la grande nation des Alains, et le retour dans son foyer du jeune prince.

  Smpad approuva le voeu d'Artashes,  envoya des messagers au roi des Alains. Ces derniers lui demandèrent la main de dame Satenik, sa fille, pour combler le voeu le plus cher de leur propre roi, Artashes.  Le roi des Alains  répondit :  "Brave Artashes, donnerais-tu des milliers et des milliers et des dizaines de milliers de pièces d'or en échange de la jeune fille?"

Ainsi chante le poète :


"Le roi Artashes enfourcha son bel étalon noir
Et prenant son fouet de cuir rouge clouté d'or,
Traversa la rivière comme un aigle aux larges ailes.
Alors, il lança son fouet de cuir rouge,
Enserrant la taille de la délicate princesse
Lui causant grande douleur
Et l'emporta à grandes chevauchées
Sur la rive où se dressait son camp."
    
     Ce qui permet de penser qu'il  ordonna de donner beaucoup d'or, de cuir et de teinture cramoisie en échange de la jeune fille. De même qu'il chante pour les noces :

"Il a plu des torrents d'or quand Artashes est devenu époux. 
 Il a plu des trombes de perles lorsque Satenik devint son épouse. "

Car c'était la coutume de nos rois de disperser des pièces d'or parmi la population quand ils arrivaient à la porte du temple pour leur mariage, comme, pour les reines, on parsemait de perles leur chambre nuptiale.





*Les Alains forment un peuple scythique, probablement originaire d’Ossétie, les Alains (latin [H] Alani - grec Alanoi) sont des cavaliers nomades apparentés aux Sarmates du Kirghizstan et très proches des Iazyges, des Roxolans et des Taïfales.


Apparus au tournant de notre ère, les Alains furent le dernier ensemble nomade de langue iranienne dans les steppes européennes, après les Scythes et les Sarmates. Implantés principalement au nord de la mer d'Azov et du Caucase, ils se firent connaître par leurs incursions en territoire romain, en Arménie ou en Perse. Les invasions hunniques les dispersèrent et en firent, aux IVe-Ve siècles, des acteurs majeurs des Grandes Invasions en Europe centrale et occidentale (dont la Gaule où ils s'installent) et jusqu'en Afrique du Nord. Mais le groupe principal des Alains, replié vers la Ciscaucasie centrale, s'y sédentarisa et y devint un facteur politique et militaire essentiel dans les guerres entre Byzance et la Perse, puis dans la résistance aux invasions arabes. Convertie au christianisme vers 916, l'Alanie caucasienne forma un puissant Etat marqué par l'influence byzantine et qui connut son apogée aux Xe-XIIe siècles. Une autre invasion, celle des Mongols, dissémina aux XIIIe-XIVe siècles des Alains de la Hongrie à la Chine. Mais leur noyau caucasien survécut même aux ravages de Tamerlan, pour finalement donner naissance au peuple ossète moderne. Unique ouvrage en langue française consacré aux Alains, ce livre fait le point des connaissances sur leur rôle historique souvent sous-estimé, leur culture et leur héritage. Cette deuxième édition, entièrement refondue et très augmentée, incorpore les découvertes les plus récentes et présente les débats actuels sur le sujet.

source : Les Alains : Cavaliers des steppes, seigneurs du Caucase, Ier-XVe s. ap. J.-C.
Auteurs : Vladimir Kouznetsov et Iarolav Lebedynsky.
(Civilisations et cultures - Editions Errance)

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Artashes, dont le nom est aussi connu sous la forme occidentalisée de Artaxias, avait gagné le trône d'Arménie vers 189 avant JC et a été reconnu roi par Rome et les Parthes. L'invasion du royaume d'Arménie par les Alains au cours du règne du roi Artashes I (189-160 av.J.-C.) sert de toile de fond à l'histoire romantique d'Artashes et Satenik. Après leur conquête des terres de la Géorgie, les Alains furent déplacés plus au sud, en traversant la rivière Kur et, effectivement, en Arménie. Artashes rassembla une grande armée pour répondre à la menace des Alanians et une guerre féroce eut lieu entre les deux parties, aboutissant à la capture du jeune fils du roi Alanian. Le Alanians ont été forcés de battre en retraite vers la rivière Kur et ils y établirent un camp de base sur le côté nord de la rivière. Pendant ce temps, l'armée d'Artashes les poursuivit établissant leur camp sur le côté sud de la Kur. Le roi des Alains demanda un traité de paix éternelle à conclure entre son peuple et les Arméniens et  promit de donner à Artashes tout ce qu'il voulait pour qu'il  libére son fils, mais le roi arménien refusa de le faire.


Après l'enlèvement de Satenik, Artashes accepta de payer aux Alains de grandes quantités d'or et de cuir rouge,  matériau très apprécié des Alains. Ainsi, les deux rois  conclurent un traité de paix et un mariage somptueux et magnifique eut lieu.  Movses déclara que pendant le mariage une "pluie d'or s'abattit" sur Artashes et une "douche de perle" plut sur ​​Satenik. C'était une tradition populaire parmi les rois arméniens, selon Movses, de se tenir en face de l'entrée d'un temple, faisant pleuvoir de l'argent au-dessus de sa tête et de prendre un bain chargé de perles dans la chambre de la reine. Ils ont eu six fils: Artavasde ( Artavazd) , Vruyr, Mazhan, Zariadrès (Zareh), Tiran et Tigrane (Tigran). La dynastie d'Artashes ou Artaxiad,  a duré jusqu'au début du siècle suivant, puis s'éteignit aux environs du XIVe s. 

La vie conjuguale entre Artashes et Satenik est peu connue. Dès le début de l'histoire de l'Arménie, Movses avait déclaré que Satenik était tombée en amour avec Argavan, un descendant d'une race de dragons (vishaps, en arménien),  mais la suite de l'histoire qui a été chantée par les troubadours est manquante et considérée comme perdue..



ARTASHES ET SATENIK
 Tigran Tokmajyan - Oil on Canvas  53" x 40" inches.